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Comment établir un lien entre taux d'intérêt et investissement ? Rédacteur : Stéphane Ménia 1. Le modèle néoclassique (I. Fisher, "The theory of interest
", 1930)
La firme maximise son profit, sur deux périodes , sous contrainte
de technologie (cest à dire la fonction de production). Le profit est la
différence entre les recettes de lentreprise et ses coûts. Les recettes
sont exprimées par le produit du prix du bien vendu et de la production (p.y).
Les coûts sont les coûts dutilisation des facteurs, à savoir le capital
et le travail. On suppose ici que le coût du travail ( le salaire) ne varie pas.
Les coûts du capital sont le taux dintérêt et le coût de la dépréciation du
capital. La somme des deux représente ce que lon appelle le coût dusage du
capital. Il est important de savoir que même si linvestissement est financé par
autofinancement (sans emprunt), le taux dintérêt doit être pris en compte, car il
représente un coût dopportunité de lutilisation du capital (qui pourrait
être placé au taux dintérêt en vigueur).
Avec une représentation mathématique simple, le programme est le suivant.
La firme maximise son profit actualisé sur deux périodes :
p.y1 - ( 1 + r ) I + p.y2 / ( 1 + r )
y1 est la production de la première période, avant linvestissement
;
y2 celle de la seconde période, après linvestissement
;
r le taux dintérêt
p.y1 représente les recettes de la première période ;
p.y2 / (1 + r ) les recettes actualisées de la seconde période
;
(1 + r) I est le coût de linvestissement ;
On néglige les coûts liés au travail et ceux de la dépréciation du capital.
Si on prend une fonction de production simple y = Ka, où K
est le capital et 0 < a < 1, lélasticité de la production
par rapport au capital, on peut alors reécrire y1 et y2
de la façon suivante :
y1 = K1a
y2 = a( K1 + I )
K1 est le stock de capital initial détenu par lentreprise.
Aussi, le profit se reécrit :
p.K1a - ( 1 + r ) I + p.( K1 + I )a
/( 1 + r)
En dérivant le profit par rapport à I, en annulant la dérivée trouvée, et en posant p
= 1 , on déduit la fonction dinvestissement suivante :
I = [ ( 1 + r)2 / a ] [1/(a-1)] - K1
Si on calcule dI / dr, on trouve une valeur négative, I décroît
donc avec r.
Le résultat du calcul de maximisation montre alors que, à loptimum, lentreprise
doit égaliser la productivité marginale du capital et le coût dusage du
capital. Cette propriété de loptimum fait de linvestissement une fonction
décroissante du coût dusage du capital. En particulier, linvestissement
décroît avec le taux dintérêt.
La fonction dinvestissement néoclassique a par conséquent la forme suivante
: I = I( r ) I(r) < 0
2. Lefficacité marginale du capital : taux dintérêt et
investissement chez Keynes
On trouve chez Keynes une relation décroissante entre
linvestissement privé et le taux dintérêt. Mais Keynes utilise au
préalable la notion defficacité marginale du capital pour expliquer cette
relation.
Lefficacité marginale du capital se définit comme le taux de rendement interne
dun investissement, cest à dire le taux dactualisation qui annule
sa valeur actualisée nette (V.A.N.).
Un rappel sur la notion de V.A.N. est utile. La V.A.N. est la différence entre les
revenus actualisés futurs escomptés que linvestissement engendrera et le coût de
linvestissement. Mathématiquement, on lécrira :
V.A.N. = - I + ( R0 + R1 /(1 + i) + R2 /
( 1 + i ) 2 + R3 / ( 1+ i ) 3 ... Rn
/ ( 1 + i ) n )
Rt les revenus de linvestissement escomptés
pour lannée t ;
I le coût initial de linvestissement ;
i le taux dactualisation retenu.
Lefficacité marginale du capital est, daprès sa définition, le i solution
de léquation V.A.N. = 0.
Compte tenu de lefficacité marginale comparée des différents investissements
possibles à un moment donné dans une économie, on peut ranger les projets du plus
rentable au moins rentable.

Classement des projets dinvestissement selon
leur efficacité marginale
Ensuite, les entrepreneurs comparent lefficacité marginale
des différents projets et le taux dintérêt courant. Pour un projet donné,
si le taux dintérêt est plus faible que lefficacité marginale de
linvestissement, alors lentrepreneur préfère investir que de placer
son capital au taux du marché. Dans le cas contraire ( taux dintérêt supérieur
), il ne réalise pas le projet. Ainsi, au niveau macroéconomique, plus le taux
dintérêt sera élevé, moins il y aura de projets dinvestissement
réalisés. On le voit sur la figure suivante. Pour un taux dintérêt r°,
seuls les deux derniers projets ne sont pas réalisés. Pour r*, supérieur à r°,
les projets 3 et 4 ne sont plus rentables. Pour r°, seul le projet 1 est
réalisé.

Variation du taux dintérêt et réalisation des
projets dinvestissement.
Linvestissement est donc une fonction décroissante du
taux dintérêt. La courbe correspondante est sensiblement la même que celle
du modèle néoclassique. Cest un résultat énoncé par Keynes lui même. Cependant,
on remarquera que dans lexpression de la V.A.N. qui détermine i, les Rt
sont des revenus anticipés. Plus il seront élevés et plus lefficacité
marginale du capital sera élevée. On peut donc imaginer quen labsence
de variations du taux dintérêt, linvestissement augmente ou diminue
en fonction des anticipations des entrepreneurs. En particulier, en période
de récession, il se peut que les anticipations de revenus futurs tirés de linvestissement
soient si faibles que même un taux dintérêt très bas ne permette pas une
hausse de linvestissement.
En résumé, la liaison taux dintérêt-investissement existe
chez Keynes, mais elle disparaît si les opportunités dinvestissement rentable dans
léconomie sont peu nombreuses.
On le voit sur la figure qui suit, où malgré une diminution
conséquente du taux dintérêt de r* à r°, linvestissement ne varie pas.

Investisement et faiblesse des opportunités dinvestir
rentablement. |